#32 Big Tech everywhere

TikTok, GAFA et multiples recommandations

Bonjour tout le monde,

Comment se passe votre été ? Le mien est beau et ensoleillé. Je vous écris à quelques jours du départ en vacances, et quand vous recevrez cette lettre, je devrais être en vadrouille quelque part dans le sud de la France.

Aujourd’hui, deux sujets à vous proposer :

1/

TikTok d’abord. Que se passe-t-il avec cette app, pourquoi tant de haine en Inde, aux Etats-Unis ? L’application a un succès fou chez les plus jeunes : téléchargée 738 millions de fois en 2019, dont 46 millions de fois aux États-Unis, un nombre d’utilisateurs actifs mensuels estimé à 800 millions, une présence dans plus de 150 pays… le tout alors qu’elle a été lancée en Chine en 2016 et adaptée aux marchés occidentaux par son éditeur ByteDance en 2017.

Plateforme sociale d’un nouveau genre, elle permet à ses adeptes de créer très facilement de courtes vidéos, d’y mettre n’importe quel filtre, d’y coller la musique du moment en bande-son, et son algorithme de recommandation est extrêmement puissant. Bref, elle a su comment se rendre addictive aux yeux des ados du monde entier. Sauf qu’à l’heure où un soft power technologique chinois s’étend sur la planète, certain·es la voient comme une arme de propagande massive. D’autres estiment que tout dépend de votre profil de risque (en gros, si vous êtes un ado, ça n’est pas trop problématique de vous en servir, si vous êtes une dirigeante du CAC 40, c’est moyen). Des fans de K-Pop présents sur TikTok s’en servent aussi pour troller sévèrement Trump, ce qui ajoute à la confusion.

À tort ou à raison, la société est en pleine tourmente depuis quelques semaines. L’Inde, son plus gros marché étranger (119 millions d’utilisateurs actifs en 2019) l’a interdite début juillet, expliquant que l’application pose “une menace à sa souveraineté et à son intégrité”. Si la décision a suivi des heurts à la frontière entre la Chine et l’Inde, elle s’est transformée en croisade de grande ampleur contre les technologies chinoises (275 autres applications sont dans le viseur du régulateur).

Depuis que cet exemple a été donné, le débat fait rage, notamment aux États-Unis, sur l’opportunité de la bannir aussi. Qu’elle soit révolutionnaire ou pas, l’application réunit tous les défauts déjà connus d’autres outils sociaux - diffusion de théories du complot ou extrémistes, fausses informations -, en plus d’être éditée par ByteDance et de devoir obéir aux règles imposées par le gouvernement chinois. Trump réfléchit donc à la possibilité de l’interdire. TikTok se défend en soulignant que les données des internautes américains sont stockées localement, en envisageant de vendre des parts pour réduire le poids de ses actionnaires chinois, et même, tout dernièrement, en proposant aux régulateurs américains de contrôler son algorithme. Cette dernière offre serait quasiment avant-gardiste, si elle se concrétise : un tel contrôle est une demande faite à de multiples entreprises numériques, quelle que soit leur nationalité, mais rarement honorée.

L’autre sujet intéressant, c’est d’observer que lorsque TikTok a été interdite en Inde, sa rivale locale Roposo a enregistré un boom d’adhésion grimpant jusqu’à 500 000 nouvelles inscriptions par heure. Côté économie numérique, on ne s’étonnera qu’à moitié, donc, de voir Instagram faire des pieds et des mains pour séduire les créateurs de TikTok et les attirer sur sa propre plateforme. Oui parce qu’Instagram a allègrement copié l’app chinoise - une pratique habituelle chez Facebook - pour développer sa plateforme Instagram Reels.

2/

À propos de Facebook et de ses pratiques douteuses, parlons concurrence. Mercredi, les dirigeants d’Apple, Alphabet (Google), Facebook et Amazon étaient entendus ensemble par le Congrès américain, pendant près de 6 heures. L’audition devait permettre au régulateur de souligner les similarités entre ces quatre entreprises aux business model pourtant bien différents : en ouverture, le représentant David Cicilline a notamment souligné les “tendances communes et des problèmes concurrentiels similaires” constatés chez les quatre géants.

Les exemples de ces problématiques sont légion, certains ont déjà été évoqués ici : Amazon qui copie les produits de ses vendeurs pour les proposer elle-même, à prix plus bas. Apple qui décide tout récemment de prendre 30% des profits réalisés par AirBnB et ClassPass via ses outils, après avoir constaté que leurs cours en ligne fonctionnaient pas mal. Google qui repousse toujours plus loin les résultats traditionnels sur son moteur de recherche, pour mieux mettre ses propres produits en avant (grosse recommandation de lecture, cette enquête de The Markup, elle est éclairante !). Facebook qui copie les produits de ses rivaux (Snapchat, TikTok) voire les rachète (Instagram).

L’audition visait donc à confronter Tim Cook, Sundar Pichai, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos à certains des documents et témoignages récupérés au cours de 13 mois d’enquête. Elle avait aussi un côté historique : c’est la première fois que les quatre dirigeants se sont retrouvés ensemble face au Congrès. Cela dit, si Zuckerberg a pu se montrer un peu gêné face aux accusations de plagiat, et Bezos parfois déconcerté par la raideur des questions, l’impact de cette audition sur les activités de leurs entreprises devrait rester minime : une bonne partie des commentateurs notent que le démantèlement n’a rien d’automatique (il n’a par exemple pas été utilisé contre Microsoft dans les années 90), et que beaucoup de Républicains considèrent suffisantes les mesures anti-concurrentielles déjà présentes dans la loi américaine.

Il était intéressant de noter, d’ailleurs, que la perspective de cette audition n’a absolument pas empêché les GAFA de faire leur shopping de start-ups prometteuses pendant le premier semestre 2020.

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💻 all things tech :

  • Facebook et la gestion des fausses informations : un cas de fake news climatique poussé par l’extrême-droite, vérifiée par l’équipe de fact-checking créée par Facebook… et néanmoins diffusée sans prévenir de la fausseté de l’information. (Popular Information)

  • Anne Borden King a un cancer. Depuis qu’elle s’en est ouverte à ses proches, Facebook ne lui propose que des publicités pour des médecines alternatives. Rien de médical, que de la pseudoscience. (New-York Times)

  • Facebook dit s’apprêter à se pencher sur les biais racistes des algorithmes qu’il utilise. (Technology Review)

  • Le récit du hack de Twitter, par certains des attaquants. Avec dedans quelques motifs de piratage extrêmement geek-adolescents : deux des hackers n’ont quasiment aidé le plus actif des attaquants que pour obtenir des handles Twitter très convoités (“@y”, “@6”, “@anxious”… des handles aux lettres / mots si communs qu’il faut avoir été sur Twitter à ses tous débuts pour prétendre les avoir récupéré honnêtement). Bref, une histoire de street-cred’ en ligne qui a pris une ampleur improbable. (New-York Times)

  • Les chauffeurs Uber veulent l’accès à leurs données personnelles. (Ekker)

  • Si l’IA doit nous aider en temps de crise, nous devons mettre en place une nouveau type d’éthique. C’est à dire l’intégrer en pratique dans les algos que l’on construit plutôt qu’en disserter une fois que le mal est fait. (Technology Review)

  • Distanciation sociale oblige, certain·es imaginent une version numérique du Hadj, le grand pèlerinage musulman à la Mecque, lui aussi bouleversé par le coronavirus. Je me demande si ça remplacerait vraiment ce que les croyant·es recherchent en se rendant sur place. Si vous êtes musulman·e pratiquant·e, ça m’intéresserait beaucoup de lire ce que vous en pensez ! (Le Monde, Wall Street Journal)

📻 côté médias :

📰 Sur des sujets moins numériques, ce mois-ci, je vous propose :

  • “Dire que la vérité scientifique ne dépend pas de l’opinion, ça n’entrave pas la liberté du citoyen. Au contraire.” Jolie prise de parole du philosophe des sciences et physicien Etienne Klein sur le rôle de la science dans la vie publique. (France Inter)

  • Le Guardian a fait une série d’article sur les femmes qui ne veulent pas d’enfant, et c’est chouette de voir le sujet saisi à bras le corps. (Guardian)

  • Super papier sur un type méconnu d’orientation sexuelle, l’asexualité. La journaliste y fait quelques propositions judicieuses, et réutilisables pour bien d’autres thématiques : face à une position/ une idée qui vous paraît inhabituelle, anormale, “analysez votre propre réaction”, “nommez la norme”, et puis cette exhortation : “Nous devrions faire de l’espace pour laisser fleurir certaines idées sous-valorisées”. (The Correspondent)

  • J’ai lu plein de trucs sur Michaela Coel cet été, tellement sa série I May Destroy You me plaît, et quelque soit l’article, cette femme apparaît comme extrêmement stylée. Deux portraits pour vous en convaincre, donc : dans Vulture et dans GQ.


P.S.

Des conseils cultures

Un podcast : Mes 14 ans (sur Spotify, sur Podcast Addict), journal intime des premières expériences sexuelles d’une jeune fille grandie à l’époque de sk8er boi, d’Un Dos Tres et des pantalons baggy. Lucie, la journaliste dont on découvre le journal intime de sa jeunesse, a trois ans de plus que moi, mais ça ne m’empêche pas de retrouver toute une ambiance typique de ma propre adolescence en filigrane de son histoire. Et c’est parfaitement réjouissant.

Une lecture et un film : On the Basis of Sex / Une femme d’exception retrace le parcours de Ruth Bader Ginsburg, brillante avocate qui siège aujourd’hui à la Cour Suprême des États-Unis. Un biopic tout à fait sympathique, dont le visionnage m’a été inspiré par ce très long format. Slate est parti enquêter sur le destin des 9 femmes qui ont rejoint les rangs d’Harvard en même temps que Ruth Bader Ginsburg, en 1959, à une époque où les bancs de la faculté de droit étaient très masculins - ils comptaient 525 hommes, précisément. Cela donne une galerie de portraits passionnants, qui montrent les difficultés comme les réussites de chacune de ces pionnières, et la manière dont elles ont participé à vécu voire fait évoluer le droit.


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— Mathilde

#31 Réflexions algorithmiques

La cyberlettre de juillet

Hello à toutes et à tous,

Avez-vous vu qu’aux Etats-Unis, IBM puis Amazon renonçaient à fournir leurs algorithmes de reconnaissance faciale à la police ? La décision a été prise début juin, dans le courant de l’affaire George Floyd. La plateforme de e-commerce a précisé : “Nous espérons que ce moratoire d’un an donnera suffisamment de temps au Congrès pour mettre en place les règles appropriées”. Microsoft n’a pas tardé à adopter la même posture que ses deux concurrents.

Si, en termes de “règles appopriées”, Amazon évoque un projet plus large - une loi portée par les Démocrates pour “transformer” la culture de la police américaine -, la question de l’usage d’outils de reconnaissance faciale par les forces de l’ordre est cruciale. Car ces technologies permettent d’indubitables bonds dans l’efficacité des procédures : pouvoir comparer la photo d’un suspect à la banque de 300 000 portraits pris à la prison régionale depuis 2001, c’est l’assurance d’aller beaucoup plus vite. Et c’est ce que permettait l’outil Rekognition d’Amazon, testé en en 2019 en Oregon. Sauf que si l’outil se trompe, le risque de mettre un·e innocent·e sous les verrous augmente aussi.

Or le MIT a mené une étude sur trois grands logiciels commerciaux recourant à la reconnaissance faciale, qu’il a publiée en 2018. Celle-ci démontrait que les femmes et les noir·es couraient plus de risques que les hommes et les blanc·hes d’être mal identifié·es. Les femmes à la peau la plus foncée pouvant cumuler jusqu’à obtenir un taux d’erreur de 34,7 %. Si l’algorithme risque une fois sur trois de vous confondre avec un·e criminel·le, le problème est criant. Que l’actualité pousse de grands éditeurs à demander des régulations, c’est plutôt un progrès puisque ça rend la problématique plus visible.

Cela dit, ça n’empêche pas que de nouveaux risques surgissent autre part. C’est l’exemple qu’a laissé voir l’outil Pulse, quelques semaine plus tard. Mis au point par des chercheurs de l’Université de Duke, il a fasciné les photographes pour sa capacité à reconstituer des portraits en très haute définition à partir d’images très pixelisées. C’est un progrès parce que jusqu’ici, les algorithmes avaient beaucoup de mal à reconstruire des images contenant des données manquantes. Alors que là, ça fonctionne plutôt bien :

Sauf que si l’on s’appelle Barack Obama, Alexandria Ocasio-Cortez, ou, bref, que l’on a la peau quelque part entre le mat et le noir, ça peut aussi donner ceci :

Bref, il reste du travail. Sur les réseaux, on propose d’ailleurs aux concepteurs de Pulse d’élargir la base de données qui a servi à l’entraîner, de modifier certaines de ses composantes (il est construit sur des algorithmes pré-existant de reconnaissance d’images), ou encore, comme souvent, de rendre plus diverses les équipes qui permettent de construire ce type de techno. Et puis, comme Pulse vient tout juste d’être publié, on peut espérer qu’il soit amélioré avant de trouver des usages commerciaux.

Ce que je note de positif, c’est que si IBM, Amazon et Microsoft s’en remettent aujourd’hui aux régulateurs, s’il est est aussi “naturel” de proposer des solutions à des concepteurs d’algorithmes via Twitter, c’est certainement que le sujet prend peu à peu l’importance qu’il mérite. Car, smartphones en main, nous utilisons déjà quantité d’outils technologiques potentiellement problématiques.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur les personnes qui luttent, depuis plusieurs années déjà, pour corriger ces défauts, je vous suggère de lire ce long format publié par The Correspondent en mars dernier.

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En période de grands débats politiques, je me pose toujours un nombre accru de questions sur l’industrie dans laquelle je travaille. Je commencerai donc mes conseils de lectures avec des choses qui m’ont fait réfléchir sur les médias :

  • Regardez l’émission proposée par l’AJL (Association des Journalistes LGBTQI+) à la fin du mois des fiertés. Elle pose plein de questions judicieuses sur le traitement médiatique de quelques événements récents - les violences policières, la PMA, etc. (AJL)

  • Pour un exemple de traitement médiatique raté parce que les journalistes (principalement blanc·hes) ne connaissaient pas le sujet du colorisme, je vous recommande l’interview de la chercheuse Mame-Fatou Niang. Elle y évoque la manière dont les médias ont parlé de l’Oréal lorsque l’entreprise a enlevé les termes “blancs” ou “blanchissants” de certains produits de beauté voués à éclaircir la peau. Et revient sur le problème de santé publique que représente l’usage (très répandu) de ce type de produits, sources de maladies allant jusqu’au cancer de la peau. (Les Inrocks)

  • Je connais très peu le sujet évoqué, mais ce thread a l’avantage de mettre en évidence deux biais importants lors de la consommation d’information : le biais cognitif et le biais d’aisance. (Gabrielle Dufour)

  • Je regarde avec inquiétude les logiques de cyber-harcèlement se répandre partout. Ca n’a rien de neuf, mais ce mois-ci plusieurs exemples m’ont sauté aux yeux. Ici un exemple des fans de Dieudonnée envers la Licra, puis de la Licra envers ceux qui les insultent, une journaliste du NYT harcelée par un gérant de fonds de capital-risque, lui même déclarant défendre une entrepreneure harcelée… Sans prendre parti, je crois que tout ce petit monde ignore beaucoup trop facilement l’impact que peuvent avoir de telles campagnes sur les personnes, derrière leurs écrans. Bref, je prie pour un jour où on sera tous·tes formé·es à ces problématiques (d’ailleurs j’ai préparé un cours dessus, avec Prenons la Une, au cas où ça vous intéresse).

💻 Côté tech :

  • Belle enquête de Judith Duportail et Nicolas Kayser-Bril qui démontre comment les algorithmes d’Instagram offrent une prime à la nudité. Problématique hypocrite, d’une part (il faut être quasi nu, mais pas totalement, sinon on risque la censure), et très pratique d’autre part : celles et ceux qui utilisent cette plateforme dans le cadre de leur métier en viennent à imaginer des mises en scène difficilement pensables dans tout autre cadre de travail. (Mediapart)

  • Le fondateur de Twitter Jack Dorsey a décrété qu’il donnerait un milliard de dollars à des associations participant à la lutte contre le coronavirus, partout dans le monde, de manière transparente. Il a publié un excel ouvert permettant à n’importe qui d’aller consulter les choix faits dans les donations. Et ça fonctionne plutôt bien (et visiblement plus vite que via d’autres canaux de donations). (Recode)

  • J’avais complètement loupé l’info mais Facebook va payer 52 millions de dollars aux personnes souffrant de stress post-traumatique à force d’avoir travaillé à la modération du réseau social. (The Verge)

📰 Des sujets moins numériques sur lesquels j’ai appris des choses :

  • En cinq ans, le nombre d’attentats d’extrême-droite a triplé en Occident. Cette enquête en trois épisodes jette un autre regard sur ces attaques généralement balayées dans l’actu, grâce à une description préférant utiliser les termes de “déséquilibré” que de '“terroriste”, pour qualifier l’auteur. (Slate)

  • Libé a publié une grosse enquête sur la culture de harcèlement qui règne au sein d’Ubisoft. Encore une démonstration que les entreprises qui se la jouent très cool, voire “great place to work” (un label RH) ne sont pas épargnées par ces problématiques dévastatrices. (Libération)

  • Visiblement, la société continue de réfléchir comme si, dans les familles, il y avait toujours un parent disponible h24 pour s’occuper des enfants. En réalité, les choses ont évolué, mais en période de confinement, celle·ux qui mènent de front travail et éducation ont beaucoup souffert. (New-York Times)

  • Sur le débat du déboulonnage de statues des “grands hommes” esclavagistes d’autrefois, je vous signale un intéressant thread historique sur le parc de monuments publics français. On y apprend que si les réserves statuaires françaises manquent autant de représentations des faits d’armes des Français·es d’outre-mer et des personnalités anti-esclavagistes, c’est notamment à cause de décisions prises sous le régime de Vichy. (Benoît Vaillot)


P.S.

Quatre conseils culture

Un livre : Just Kids de Patti Smith. Un vrai plaisir de se plonger dans le New-York des années 60-70, de suivre la jeunesse et la genèse de l’artiste, d’écouter de vieux morceaux de The Dovells ou de Lotte Lenya parce qu’elle les mentionne, de voir passer Janis Joplin et Jimi Hendrix en arrière plan de sa propre histoire.

Une série : I May Destroy you. Gros succès du moment, bien mérité tellement cette série est parfaitement écrite, jouée, réalisée. Soyons clairs, ça parle de viol, mais plus que sur le crime en lui-même, la série s’attarde sur ses effets sur la millennial flamboyante qu’est Arabella. Et puis elle soulève habilement d’autres problématiques, aussi diverses que la précarité, le manque de diversité dans le milieu de l’édition, les faux-semblants du monde des start-ups, etc.

Un podcast : Bookmakers, sur Arte radio, revient chaque mois sur le travail d’un·e écrivain·e. Philippe Jaenada, Alice Zeniter, Delphine de Vigan… Chacun·e raconte la genèse d’un roman en particulier, ses tics et ses astuces d’écriture, sa relation au monde de l’édition, au public. C’est précis et bien écrit, une super manière de (re)découvrir La petite femelle, L’art de perdre ou Rien ne s’oppose à la nuit.

Une sortie : si vous êtes à Paris ce mois-ci, allez faire un tour à la Villette. Le lieu est investi d’artistes à qui espaces ont été donnés pour créer leurs oeuvre - et pour que le public les voient faire, dans le respect des limitations posées par le COVID-19. Si vous voulez voir un spectacle de cirque ou de marionettes se construire, c’est l’endroit parfait. Si vous avez le temps, passez aussi écouter Thierry Collet. Il teste un spectacle de magie dans lequel il joue avec des outils numériques, et c’est très bien écrit.


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— Mathilde

#30 Racisme, sexisme, inégalités

Quelques pistes pour se renseigner

Salut à vous, cyberlectrices et lecteurs,

*

Un petit message de service pour commencer : je vais désormais m’accorder le droit de vous écrire quand bon me semble. Je n’ai plus tellement le temps de tenir cette newsletter, ou en tout cas d’en écrire des éditos aussi fouillés que ce que j’aimerais, chaque semaine. Je préfèrerais passer plus de temps à développer d’autres projets. Sauf que l’actualité m’empêche quelquefois de rester silencieuse : je me vois lire des articles, repérer des productions journalistiques brillantes et vouloir les partager. Je trouve plus intéressant d’en sélectionner quelques-uns, et de prendre le temps de vous expliquer pourquoi je vous les fait conseille plutôt que de simplement les partager sur Twitter. Cela me permet d’expliquer une problématique numérique actuelle, une évolution technologique en cours, ou juste un sujet qui me tient à coeur.

*

Ce qui m’a fait commencer à écrire cette édition, il y a deux semaines, n’a d’ailleurs strictement rien de technologique. C’est ce long témoignage (5 épisodes, en réalité) publié par Slate, d’une autrice anonyme. Elle raconte son viol, le parcours judiciaire qui a suivi en Australie, et tous les états par lesquels elle a pu passer au cours de ces 15 mois de combat. Il faut le lire pour comprendre ce que ça fait, d’être violée ; il faut le lire pour réaliser qu’il est possible de gérer ce type d’affaire autrement que ne le fait le système judiciaire français. Il faut le lire, aussi, pour s’indigner.

Pourquoi l’indignation ? Parce qu’en partageant ce texte avec différents groupes d’amies, j’ai de nouveau constaté qu’une grosse majorité d’entre elles avaient des histoire d’agressions sexuelles, voire de viols, à raconter. Ca plonge dans un sacré sentiment d’impuissance, de brusquement lire une succession de témoignages au détour d’une conversation Messenger. Mon espoir est donc que l’indignation pousse à se renseigner, à agir. L’une de mes méthodes toute personnelle consistant à partager de l’information sur des problématiques féministes, au détour de discussions sur le numérique. Voire, quelquefois, d’en faire le centre de mon propos.

*

J’ai abandonné mon brouillon, et puis l’actualité est revenue me chercher, pour mettre une autre problématique sociale au centre de mes réflexions : Que faire devant le décès de George Floyd, celui de David McAtee aux États-Unis, et la vague qui s’est levée un peu partout sur la planète ? Que dire des violences policière telles qu’elles existent aussi ici en France ? Qu’en dire d’un point de vue technologique, sujet plus habituel pour cette newsletter ? Évoquer le rôle des réseaux sociaux, leur laisser-faire face à certaines idéologies dangereuses, face à certaines prise de parole de chefs d’État ? Lucie Ronfaut a écrit quelque chose d’assez juste à ce sujet : il faut savoir parler de racisme avant de parler de technologie. Aller droit au but, quand le besoin s’en fait sentir. Autrement, on brouille le vrai sujet : celui des inégalités, celui des dysfonctionnement structurels de nos sociétés.

Car, si le numérique est quelquefois présenté comme une solution, ne rêvons pas : tant que nous ne réfléchirons pas au fond du(des) problème(s), les innovations disruptives de start-up au grand coeur n’auront jamais de meilleur effet qu’un pansement sur une jambe de bois. Bien sûr, il arrive que s’intéresser à un sujet technologique permette de découvrir un symptôme d’une inégalité méconnue. Mais cela n’empêche que prendre le temps de décentrer le regard de nos sujets de prédilection (ou simplement de nos petites habitudes) ; prendre le temps de se renseigner : voilà probablement la seule manière de prendre la mesure des mécanismes rendant certaines de nos manières d’agir ou de penser injustes, en tant qu’individu ou que société.

Chez les journalistes, par exemple ? Le manque de diversité, déjà évoqué ici du point de vue de la représentation des femmes, est effarant. Pour ce qui est de la représentation de personnes non blanches, c’est pire. Aux États-Unis, par exemple, les rédactions sont constitués de plus de personnes blanches (77%, selon le Pew research center) que n’importe quel autre métier (65% en moyenne). Et c’a nécessairement un impact sur la manière d’informer et de raconter les vécus (écoutez ceci pour en savoir plus). Pourtant, l’un des rôles des médias devrait être celui-là : renseigner tout un·e chacun·e sur ce qu’il se passe hors de sa bulle, chez les gens qui nous sont différents, qu’ils vivent à la campagne alors que l’on réside en ville, qu’elles soient âgées si l’on est jeunes, qu’ils, elles soient noir·es si l’on est blanc·hes, et l’inverse. Dans un monde idéal, les journalistes parviendrait à représenter l’infinie palette de communs et de particularités qui constitue notre société.

Comme ça n’est pas le cas, je crois qu’il faut, plus que jamais, faire la démarche de se renseigner, prendre la peine d’écouter celles et ceux dont on n’écoute jamais vraiment la parole. Et aux journalistes qui me lisent : diversifiez vos sources, diversifiez vos sujets, et poussez pour la diversification de vos rédactions.


Cette tirade passée, laissez-moi donc vous conseiller quelques éléments intéressants sur le racisme.

  • Le super collectif Women who do stuff a dressé une liste de plein de ressources pour comprendre le racisme et ses effets, à destination de celles et ceux qui ne l’ont jamais vécu. Si c’est votre cas, allez- y faire un tour. (Womenwhodostuff)

  • “Deux pages arrachées aux romans nationaux des États-Unis et de la France”. On apprend peu de l’Histoire coloniale, l’Histoire telle qu’elle a été vécue par les populations non-blanches, à l’école. Ca n’est pourtant pas faute de faire partie d’un ancien pays colonisateur. Voici un article qui vient faire le récit de deux massacres qui ont heurté l’histoire relativement récente des noir·es en France et aux États-Unis et dont moi, blanche, je n’avais aucune conscience. (Slate)

  • Sur les violences policières en France, cette glaçante enquête d’Arte Radio - si c’est trop dur à écouter, passez par la version écrite sur Mediapart -, cette autre enquête de StreetPress et cet interview du jeune Gabriel, violemment frappé par la police la semaine dernière, sur Loopsider.

  • Une interview croisée entre Assa Traoré, la soeur d’Adama Traoré, mort à la suite d’une interpellation policière en 2016, et Angela Davis, grand nom de l’antiracisme et du féminisme américain. (Ballast)

  • Plein d’autres recommandations culturelles dans l’édition de ce matin de What’s good. D’ailleurs abonnez-vous. (What’s good newsletter)

Côté numérique, il sera certainement temps de revenir sur ce qu’il se passe actuellement une fois les émotions retombées. Si vous lisez l’anglais, je vous recommanderai simplement (et probablement pour la 1000e fois, si vous me suivez depuis longtemps) une enquête de ProPublica sur les biais des algorithmes. Elle date de 2016, mais elle reste, selon moi, un exemple parfait de la manière dont les technologies peuvent mettre en lumière un problème structurel grave - en l’occurrence, le racisme des institutions judiciaires américaines. (ProPublica)

D’autres choses intéressantes, plutôt anglées inégalités femmes-hommes

  • Au sein de sa rédaction, le Monde a constitué un groupe de journalistes dont le travail a consisté à enquêter sur les féminicides pendant un an. Le résultat est un supplément de 14 pages paru le week-end dernier, que vous pouvez aussi retrouver en ligne. Leur travail a aussi donné lieu à un documentaire, que vous pouvez voir en replay sur France 2. (Le Monde, France 2)

  • Aude Lorriaux signe un super travail d’enquête mené avec Julie Ancian, sociologue à l’Inserm, sur l’usage des pilules contraceptives : pourquoi les femmes qui en prennent continuent de se faire saigner chaque mois alors qu’elle n’en ont plus besoin ? Pour tout un tas d’explications historiques, sociales, rarement scientifiques, et quelquefois un poil effarantes. (20 Minutes)


Et pour finir

Un conseil culture

Pour terminer cette édition sur un ton moins lugubre, je vous propose quelques objets culturels testés et approuvés.

En série, Dear White People, qui suit la vie de quatre étudiants noirs sur un campus américain. Et When they see us, quatre épisodes réalisés par Ava Duvernay, retraçant l’erreur judiciaire qui conduisit 4 adolescents noirs à passer plusieurs années en prison pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. Les deux sont disponibles sur Netflix.

En roman de fiction, Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor, et dont je vous parlais plus longuement ici. Probablement l’une des lectures qui m’ait le plus marquée au cours des mois passés. Et l’immanquable Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie.


À très vite,

— Mathilde

#29 Clearview, l'Iceberg et la mort

Des lectures, des docu, des podcasts

Bienvenue, lectrices, lecteurs,

Dans une autre vie, j’avais prévu de profiter de cette semaine pour partir en vacances à l’étranger. Le Covid-19 en a décidé autrement, mais ça ne m’a pas empêché de garder un temps de pause. Je vous ai tout de même préparé quelques recommandations plus ou moins récentes sur les sujets qui m’occupent habituellement ici :

  • La fracture numérique, aggravée par le coronavirus

17% de la population française est touchée par l’illectronisme, et en période de confinement, cette incapacité à communiquer en ligne accroît l’isolement. Là où elle peut, l’association Emmaüs Connect essaie de lutter contre ce phénomène. (Ouest France)

  • Clearview, la reconnaissance faciale et la vie privée

Une plongée dans l’histoire d’une des start-ups américaines les plus sulfureuses dans le domaine de la reconnaissance faciale : Clearview AI. La société a construit une application permettant de reconnaître à peu près n’importe qui grâce aux données publiques qu’elle a récupérées sur Facebook, Twitter, et un peu partout en ligne. À noter : au début du mois de mai, Clearview a déclaré mettre fin à tous ses contrats avec des entreprises privées (pour se concentrer sur ceux conclus avec les forces de l’ordre). (Buzzfeed, New-York Times, The Verge)

  • Tous surveillés, 7 milliards de suspects

Je vous en ai déjà parlé, mais je la recommande à nouveau : belle enquête sur les traces des technologies de surveillance, des rues de Nice jusqu’au Xinjang, province chinoise où la population ouïghoure n’est plus jamais lâchée d’une semelle. Le documentariste Sylvain Louvet souligne aussi bien les extrémités glaçantes auxquelles peut mener l’usage de ces technologies que la manière insidieuse dont la paranoïa et l’angoisse de sécurité peuvent pousser des états démocratiques à s’équiper d’outils dangereux pour les libertés de leurs citoyen·nes. (Arte)

  • Mort à la ligne

S’il y a un sujet qu’on traite assez peu, au milieu du brouhaha d’internet, c’est celui du décès. Que deviennent nos traces numériques quand on meurt ? Quel effet sur nos proches ? Enjolive-t-on la mort comme on enjolive nos vacances sur Instagram ? Lucie Ronfaut a signé cette semaine une belle série audio sur ce sujet franchement pas simple à aborder et son écoute soulève plein de questions peut-être un peu vertigineuses par moment, mais qui méritent d’être posées. (Binge audio)

  • Le Syndrome de l’Iceberg

Trois jeunes répondent à une annonce postée sur Facebook, qui leur propose une aventure de rêve : road-trip dans les pays nordiques, tournage d’un documentaire sur le réchauffement climatique, etc. Ce documentaire de trois courts épisodes d’une vingtaine de minutes chacun est fascinant. Pour en faire une juste critique, il va même me falloir recourir à l’emoji : ce film est pensé et monté de telle manière qu’on en ressort… 🤯 (France Tv Slash)

  • L’hyperandrogénie et le racisme dans le sport de haut niveau

Un article sur le traitement violent réservé aux femmes athlètes noires - en particulier de la coureuse Caster Semenya, experte du 800 mètres, qui se retrouve aux coeur de polémiques sans fin à cause de son hyperandrogénie. Ce sujet aurait pu me passer sous le nez (je ne suis pas exactement du type sportif), mais j’y suis certainement plus sensible depuis que des amies ont publié une longue enquête sur l’ancienne skieuse intersexe Erik Schinneger. Le point commun avec le récit précédant étant l’intrusion et le contrôle très dur appliqué par le monde du sport sur les corps, en particulier féminins, qu’il juge hors norme. La différence étant le racisme que subissent en plus les athlètes noires. (Sbnation, L’Équipe)

  • L’inégalité genrée du capital

En cette période de crise économique, il me semble nécessaire de réfléchir aux inégalités de répartition économiques entre hommes et femmes. Victoire Tuaillon permet de le faire de manière inédite en interviewant Céline Bessière et Sibylle Gollac, chercheuses et autrices du livre Le genre dans le capital, qu’elles ont écrit après 15 ans de recherche sur le sujet. 1h15 pour réfléchir au fait que, si les égalités de salaire se réduisent lentement, celles de patrimoine sont passées de 9 à 16% entre 1998 et 2015. Ou que les ruptures amoureuses et la transmission de l’héritage sont les deux moments pendant lesquelles ces inégalités explosent. (Les Couilles sur la table)

  • Les espionnes racontent

Plus de Bureau des légendes ? Pour changer, je vous recommande cette chouette série de 6 épisodes courts et animés sur des femmes ayant travaillé au sein des plus grands services de renseignements du monde. C’est beau, c’est historique, c’est rythmé, et c’est tiré d’un livre d’enquête sur le même sujet signé par la journaliste Chloé Aeberhardt. (Arte)

Je ne sais pas exactement quand ni à quel rythme je reprendrai la Cyberlettre après mes congés - après tout, je l’avais mise sur pause avant le confinement. Mais cela ne m’empêche pas de vous dire à bientôt.

Et prenez soin de vous !

Mathilde

#28 Covid révélateur

Des licenciements, un zoom bachelorette et miss Paddle

Hello, hello,

Comment allez-vous aujourd’hui ?

De mon côté j’ai le sentiment croissant que la période actuelle plonge les grandes entreprises technologiques dans un paradoxe. En poussant au restez-chez-vous, la crise crée un avantage énorme pour les sociétés capables de nous aider à garder le lien à distance, ou à réaliser séances de shopping et autres visites de musées depuis nos salons. Pourtant, certaines sont frappées si violemment par ladite crise qu’on peut légitimement se demander si elles subsisteront une fois notre rythme habituel retrouvé. Cela soulève au moins deux sujets :

L’ampleur des licenciements que certains se retrouvent à réaliser, d’abord, est énorme :

Bien sûr, les sociétés les plus représentées dans ce tweet sont celles qui se sont ingéniées à transformer les industries du tourisme, des transports, de la culture, toutes durement touchées par la crise. Peut-être qu’en fait, l’époque démontre enfin que la tech n’a rien d’une industrie à part, mais qu’elle inonde toutes les autres, et chaque pan de la société avec. Cela expliquerait que ces entreprises numériques souffrent de la même manière que le reste de l’économie mondiale lorsque un pangolin vient la chambouler. Avec ce raisonnement, mon paradoxe se résoudrait assez facilement : les Big Tech qui survivront sont celles exerçant dans des secteurs porteurs, celles qui risquent la disparition, ou la mutation la plus profonde (lisez cet article sur l’état d’Airbnb), sont les sociétés aux activités les plus touchées par l’arrêt des échanges, des voyages, des sorties.

Sauf que ces licenciements en masse soulèvent aussi la question des conditions de travail et du statut des travailleur·ses au sein des entreprises numériques. Ces problématiques remontent à avant le COVID-19, mais me semblent exacerbées par le contexte.

En Californie, Uber et Lyft sont visées par des poursuites en justice pour avoir classifiés des conducteur·ices comme indépendant·es plutôt que comme employé·es, par exemple. Un moyen, selon le procureur général de l’état américain, de laisser les contribuables payer pour les soins, le chômage et autres couvertures de ces salarié·es plutôt que d’en prendre la charge. Et donc un vrai problème quand 20,5 millions d’emplois sont détruits en un mois aux États-Unis.

Or cette accusation résonne avec les alertes lancées contre les conditions de travail chez d’autres Big Tech. Chez Facebook, on peut évoquer les difficultés psychologiques que rencontrent les modératrices - mais que Mark Zuckerberg voudrait voir revenir au plus vite au bureau. Côté Amazon, la représentante démocrate Pramila Jayapal s’est inquiètée du contexte de travail au sein de la plateforme dans un long article du New-York Times. Le lendemain de sa publication, l’ingénieur et vice-président d’AWS Tim Bray démissionnait : il accuse l’entreprise de licencier les “lanceurs d’alerte” qui signalent des problèmes d’organisation face au COVID-19 pour “créer un climat de terreur”.

Même si cela ne l’a pas empêché d’engranger de plutôt bons résultats en ce début d’année, le déni d’Amazon - l’entreprise préfère, en substance, déclarer être victime d’une vendetta dans les médias - vient s’ajouter à d’autres problématiques de gestion des lanceuses d’alertes (je vous en parlais là). Amazon a renvoyé certaines personnes qui militaient pour que l’entreprise participe à la protection du climat. Encore une fois, ce n’est pas le seul acteur à avoir agi de cette manière : Google a par exemple poussé dehors celles et ceux qui demandaient la fin du projet Maven ou soulignaient les problèmes de diversité à l’embauche. 

Bref. Revenons au paradoxe de ces entreprises du numérique : elles peuvent profiter de la situation actuelle pour développer leurs offres, mais aussi en ressortir sérieusement fragilisées. Nous savions que certains hôtes Airbnb créaient de vrais hôtels fantômes, mais ceux-ci se révèlent désormais menaçants pour le modèle de la plateforme elle-même. Nous savions que les conditions de travail dans certains entrepôts étaient dysfonctionnelles. Mais c’est un virus qui a mis en branle certains processus judiciaires. En fait, plutôt qu’un grand égalisateur, je crois que je vois le coronavirus comme un grand révélateur. En plongeant tout le monde dans l’urgence, il exacerbe et rend impossible à ignorer des problématiques qui parvenaient auparavant à rester relativement diffuses.

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💻 all things tech :

  • En Inde, l’app de contact tracing Aarogya Setu laisse fuiter les données des utilisateurs, offrant la géolocalisation des personnes infectées au regard du gouvernement, mais aussi de n’importe quel hacker un peu malin. (Wired, medium du chercheur indépendant Baptiste Robert)

  • Vu que j’ai pas mal parlé d’applications de tracing ces dernières semaines, c’est probablement le moment de faire un peu de promotion pour mes collègues journalistes chez mind Health. Avec le soutien de notre lab data journalisme, elles ont créé une super carte des initiatives européennes. (mind Health)

  • Tiens d’ailleurs, Uber travaille à un outil de reconnaissance faciale pour s’assurer que ses conducteur·ices portent bien leurs masques. Un peu comme la RATP, station Châtelet. (CNN, Le Parisien)

  • Le confinement nous fera-t-il basculer dans le métaverse ? Chouette chronique de la journaliste Lucie Ronfaut. (Libération)

  • La télé-réalité aussi passe à la visio-conférence, et aux États-Unis, ç’a donné lieu à un “Zoom Bachelorette”. (Li Jin’s Newsletter)

  • J’ai l’impression d’être visée plus agressivement par certaines pubs Instagram depuis quelques semaines (honte à moi, j’ai du cliquer dessus dans un moment d’ennui). J’ai vérifié, celle qui veut me vendre un t-shirt de bobo à la production soit-disant écolo n’est que le fruit du travail d’un drop-shipper, un de ces vendeurs qui ne passera commande à son fournisseur que si j’achète en ligne. Wired signe un long format sur le monde merveilleux (non) de ces ces arnaqueurs d’un genre particulier (vous pouvez aussi lire l’enquête du Monde sur le sujet). (Wired, Le Monde)

  • Tout le monde est plus ou moins en manque de contact et d’affection donc c’est le moment de parler du compte Twitter qui répertorie tous les jeux vidéos dans lesquels il est possible de caresser des chiens - voire de faire des câlins aux autres personnages. (Input)

📰 Sur des sujets moins numériques, cette semaine, je vous propose :

  • Dans un long récit, l’écrivain Sylvain Tesson décrit la formidable machinerie de la Pitié-Salpêtrière, et la manière dont ses “invisibles” lui ont permis de tenir le choc du coronavirus. (Le Monde)

  • En plus de leur patientèle, les médecins doivent gérer tout un flux de théories complotistes sur le coronavirus et ça commence à leur peser. (NBC)

  • Et si les effets de la pandémie se retrouvaient jusque dans l’architecture ? (Slate)

  • Je me suis plantée la semaine dernière, le documentaire Delphine (Seyrig) et Carole (Roussopoulos), les insoumuses reste accessible, mais sur la plateforme de l’INA. (Madelen)


P.S.

Un conseil culture

Ca commence quelquefois par un like, deux likes, puis des allers-retours sur un profil. C’est parfois accentué par les recommandations des algorithmes. Mais à quoi ressemble vraiment l’amour, à l’ère d’Instagram ? Et la jalousie, quelle place prend-elle ? Après avoir publié, début 2019, L’amour sous algorithmes, la journaliste Judith Duportail passe au podcast. Dans Qui est miss Paddle ?, elle part d’une réflexion sur l’impact des réseaux sociaux sur nos vies amoureuses pour finalement interroger sa propre relation. Une série de six épisodes courts et rythmés, qui s’écoutent facilement d’une traite.


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À très vite,

— Mathilde

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